Présidentielle 2022 : la légalisation du cannabis favorise-t-elle la consommation chez les jeunes ?

Présidentielle 2022 : la légalisation du cannabis favorise-t-elle la consommation chez les jeunes ?

L’élection présidentielle approche, certains candidats proposent de légaliser le cannabis thérapeutique ou récréatif. Quels effets cette mesure pourrait-elle avoir sur les adolescents – des consommateurs particulièrement sensibles à l’addiction et aux effets néfastes de longue durée sur la santé ?

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  En France, la question du cannabis reste sensible puisque, selon les estimations, plus de 4 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans en auraient déjà consommé. Ce stupéfiant fait l’objet de nombreuses études aux conclusions contradictoires. Futura est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur cette substance. 

Le THC contenu dans les feuilles, les fleurs ou les résines est apprécié pour ses pouvoirs psychoactifs addictifs. Mais les plants de cannabis (Cannabis sativa) contiennent d’autres cannabinoïdes comme le CBD – non psychoactif – qui ont un intérêt thérapeutique. Si Cannabis sativa est utilisé depuis des temps immémoriaux comme plante médicinale, les preuves de son efficacité selon les critères de la science moderne commencent tout juste à nous parvenir. Ses bienfaits seraient nombreux, allant d’une meilleure prise en charge des symptômes du douleurs chroniques qui résistent aux autres médicaments.

Face à ces recherches prometteuses, plusieurs pays s’interrogent sur la légalisation du cannabis à visée médicale ou même récréative. En Suisse, en Espagne et aux Pays-Bas, le cannabis thérapeutique est légal. En Allemagne ou en Belgique, il est dépénalisé. En France, son usage reste totalement proscrit en dehors de protocoles expérimentaux strictement suivis. 

Le 10 avril aura lieu le premier tour de l’élection présidentielle où les citoyens auront le choix entre douze candidats de tout bord politique. Si la légalisation du cannabis pour les individus majeurs n’est pas une mesure prioritaire des programmes électoraux, certains candidats, essentiellement à gauche de l’échiquier politique, sont tout de même en faveur de cette mesure. Les partisans de la légalisation estiment que cela pourrait assurer un contrôle de la production, de la qualité et de la vente du cannabis qu’il soit à usage thérapeutique ou récréatif. Les taxes perçues pourraient aussi servir à la prise en charge des personnes dépendantes. De leur côté, les détracteurs de la légalisation du cannabis craignent que cela augmente la consommation et donc les risques de dépendance et de problèmes de santé associés, notamment chez les adolescents qui sont plus susceptibles de passer de consommateur occasionnel à consommateur dépendant. Est-ce que la légalisation du cannabis récréatif et thérapeutique favorise la consommation chez les ados ? Des études menées aux États-Unis offrent des éléments de réponse.

Légalisation du cannabis récréatif et consommation des jeunes

Aux États-Unis, les États de Washington et du Colorado ont légalisé l’usage récréatif du cannabis pour les adultes en novembre 2012. Ils étaient alors les deux premiers États à le faire, suivis de l’Alaska, de l’Oregon, et de Washington DC en 2014 et de la Californie, du Maine, du Massachusetts, et du Nevada en 2016. Même si la loi promulguée restreint l’usage du cannabis aux adultes, les adolescents n’ont pas pu ignorer la nouvelle. Quels effets la légalisation du cannabis a-t-elle eu sur leur consommation et leur perception des risques associés à cette pratique ? Des chercheurs américains ont publié une étude dans Jama Pediatrics en 2017. L’intérêt de cette dernière réside dans la comparaison entre l’usage et la perception des dangers liés au cannabis chez les collégiens et les lycéens avant la ratification de la loi (2010-2012) et après (2013-2015). Les résultats obtenus pour les États de Washington et du Colorado ont été ensuite comparés à ceux obtenus dans d’autres États voisins où l’usage récréatif du cannabis demeure interdit.

Ils ont observé que la légalisation du cannabis en 2012 a diminué la perception des dangers liés à la consommation de cette drogue de 14,6 % et de 16,1 % chez les 13-14 ans et les 15-16 ans, respectivement, habitant dans l’État de Washington. Dans le même temps, la consommation de cannabis a augmenté de 2 % et 4 % pour les mêmes tranches d’âge. Les résultats obtenus pour les 17-18 ans ne sont pas significatifs.

Quand on compare ces tendances aux États qui n’ont pas légalisé le cannabis récréatif, on remarque que la perception des dangers de la drogue est aussi en baisse, mais dans une moindre mesure (de 4,9 % chez les 13-14 ans et 7,2 % chez les 15-16 ans). En revanche, la consommation reste en déclin, diminuant de 1,3 % à 0,9 % pour les 13-14 ans et les 15-16 ans après l’adoption de la loi en 2012.

Les chercheurs proposent plusieurs explications aux tendances observées dans l’État de Washington. La loi de 2021 a réduit la stigmatisation et la dangerosité associées à la consommation de cannabis, un changement social s’opère rendant l’usage récréatif plus tolérable puisque légal. Avec la légalisation, le cannabis a pu aussi devenir plus facile d’accès, particulièrement en 2014 avec l’ouverture du premier magasin de marijuana dans l’État de Washington, et moins onéreux. 

Aucune différence dans la consommation de cannabis ou la perception des risques n’a été observée chez les ados du Colorado, et cela pour les trois tranches d’âge étudiées et en comparaison avec les États où le cannabis récréatif est illégal. Comment expliquer cela ? Selon les chercheurs, les habitants du Colorado ont une relation de longue date avec le cannabis. Dans cet État, il existe un réseau organisé de pharmacies où le cannabis thérapeutique est disponible sous ordonnance et cela bien avant la légalisation de l’usage récréatif. Les ados qui vivent dans cet État ont donc été habitués à voir des publicités pour ces établissements et la loi n’a pas changé leur habitude ni leur perception. De tous les États considérés ici, le Colorado est celui dans lequel la consommation de cannabis chez les jeunes est la plus élevée et la perception des risques associés la plus basse.

Légalisation du cannabis thérapeutique et consommation des jeunes

Le cannabis thérapeutique n’est pas fumé, mais administré aux patients par CBD ou d’un mélange équivalent des deux. Par exemple, la nabilone est un cannabinoïde de synthèse similaire au THC, commercialisée sous le nom de Cesamet ou Canemes ; le nabiximol, ou Epidiolex, est un mélange de CBD et THC en quantités égales.

L’utilisation du cannabis thérapeutique est légale dans 33 États des États-Unis. En Europe, ce sont 21 pays qui l’ont autorisé, à différents niveaux. Est-ce que la légalisation de la forme médicale du cannabis a eu le même effet sur la consommation que la législation récréative ? Une méta-analyse parue en 2018 fait le point. Les 2.999 publications compilées par les scientifiques n’ont pas démontré que la légalisation du cannabis médical favorise la consommation chez les ados.

En France, le cannabis thérapeutique n’est disponible que dans le cadre d’une expérimentation dirigée par l’ANSM qui vise à estimer sa pertinence et sa faisabilité. Les patients atteints de douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles, de certaines formes d’épilepsie sévères, de certains symptômes liés au cancer ou à son traitement, mais aussi les patients en soins palliatifs ou atteints de spasticité (raideur musculaire constante) douloureuse de la sclérose en plaques peuvent prétendre au cannabis thérapeutique pour les soulager, là où les traitements traditionnels se montrent inefficaces. 

En conclusion, la légalisation du cannabis récréatif semble entraîner une consommation plus importante de cette drogue chez les ados ; un phénomène qui n’a pas été observé dans la légalisation du cannabis thérapeutique. Ces deux études à elles seules ne sauraient pas prendre en compte tous les effets négatifs ou positifs qu’engendrerait la légalisation du cannabis sur le court terme comme sur le long terme, notamment chez les plus jeunes. La question risque encore d’être débattue de longues années, autant du côté politique que scientifique.

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